Dermatologues : pourquoi ne prennent-ils pas de nouveaux patients ?

12 mois. C’est le temps qu’il faut parfois patienter dans certaines villes françaises pour espérer décrocher un rendez-vous chez un dermatologue. Les chiffres s’étirent, les listes d’attente aussi. Ici, un département entier compte un seul spécialiste pour des milliers de personnes. Là, des cabinets affichent complet, fermant la porte aux nouveaux venus pour des périodes qui dépassent l’entendement.

Ce blocage ne touche pas seulement les pathologies lourdes. Même le suivi des grain de beauté ou une simple acné deviennent un parcours semé d’embûches. Entre une demande qui ne cesse de croître et une baisse du nombre de médecins, se faire soigner la peau relève parfois du défi. L’accès aux soins dermatologiques s’étire, se complique, et finit par épuiser même les plus patients.

Pénurie de dermatologues en France : un état des lieux préoccupant

La situation est tendue sur tout le territoire, mais elle vire à la crise dans de nombreux coins de France. L’offre se concentre autour des grandes agglomérations, particulièrement Paris, tandis que de larges zones rurales ou périurbaines sont laissées pour compte. D’après la Société française de dermatologie, la densité tourne autour de 3,5 praticiens pour 100 000 habitants. Ce chiffre, déjà faible, masque des disparités : certains départements n’ont quasiment plus de spécialistes disponibles.

Pourquoi en est-on arrivé là ? Plusieurs tendances lourdes s’entrecroisent. Le numerus clausus, resté longtemps trop bas, a limité l’arrivée de nouveaux dermatologues. Beaucoup partent à la retraite, peu s’installent pour les remplacer. Les zones rurales attirent rarement les jeunes diplômés, qui privilégient la vie urbaine. Le professeur Roland Viraben, qui a dirigé le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues, le résume bien : la population augmente, mais le nombre de médecins n’a pas suivi. En prime, la spécialité séduit moins qu’avant.

Pour mieux comprendre les raisons de cette raréfaction, voici les principaux freins identifiés par les acteurs du secteur :

  • Les installations hors des grandes villes se font rares, laissant certains territoires sans aucun spécialiste.
  • La féminisation de la profession s’accompagne souvent d’une réduction du temps médical disponible, pour cause de temps partiel ou d’aménagements de carrière.
  • La charge administrative s’alourdit, décourageant de nombreux jeunes médecins de s’installer en libéral.

Un autre phénomène complique les choses : la dermatologie devient un terrain de chasse pour la médecine esthétique. Cette activité, non prise en charge par l’Assurance maladie, attire de plus en plus de praticiens, au détriment du soin traditionnel. Résultat : les patients qui cherchent un spécialiste pour un suivi de maladie chronique ou pour un diagnostic suspect se voient, trop souvent, refuser l’accès à un nouveau cabinet.

Pourquoi les délais d’attente explosent-ils pour les nouveaux patients ?

Obtenir un créneau chez un dermatologue relève du casse-tête, surtout pour ceux qui n’ont jamais consulté dans un cabinet donné. Sur les plateformes en ligne comme Doctolib, les rendez-vous partent en quelques minutes. La demande explose, alors que le nombre de praticiens disponibles stagne, voire recule. Face à cette surcharge, de nombreux cabinets réduisent volontairement, parfois totalement, l’accueil des nouveaux patients.

Le temps des médecins est absorbé par le suivi des personnes déjà inscrites ou par la surveillance de pathologies chroniques. Pour un inconnu, la porte reste souvent close. Les dermatologues sont contraints de trier : traiter d’abord les urgences, assurer le suivi des cas connus, limiter les actes dits de confort ou esthétiques qui ne relèvent pas du strict parcours de soins.

Voici les principaux facteurs qui aggravent la situation pour les nouveaux patients :

  • Les prises de rendez-vous abusives se multiplient : certains réservent plusieurs créneaux, puis n’en honorent aucun.
  • Les patients tentent leur chance sans passer par leur médecin traitant, saturant encore plus les agendas.
  • Les actes esthétiques, non prioritaires médicalement, occupent une part croissante du temps des dermatologues.

Tout cela complexifie le parcours de soin. Les généralistes, en première ligne, doivent assurer un premier tri, poser des diagnostics cutanés simples ou décider si l’avis d’un spécialiste est nécessaire. Au bout de la chaîne, le sentiment d’une médecine à deux vitesses s’installe : certains patients, déjà suivis, continuent d’avoir accès au spécialiste, tandis que les nouveaux venus restent à la porte.

Impact sur la santé : quand l’accès limité aux soins dermatologiques inquiète

Ce n’est pas qu’un problème de confort ou d’esthétique. Les conséquences se font sentir sur la prise en charge de maladies parfois graves. Une étude IFOP-Sanofi révèle qu’un Français sur deux a déjà laissé tomber l’idée de consulter pour un problème de peau, faute de créneau disponible. Le chiffre est lourd de sens : se soigner devient incertain pour une part croissante de la population.

Les maladies de la peau ne sont pas toutes bénignes. Eczéma, psoriasis, acné sévère, mais surtout cancers cutanés nécessitent des diagnostics rapides et un suivi régulier. Or, les retards s’accumulent. Les mélanomes, par exemple, sont parfois détectés trop tard, avec des conséquences dramatiques. La prévention, martelée chaque année à l’approche de l’été, se heurte à une réalité : impossible d’obtenir un avis spécialisé quand une lésion inquiète.

C’est toute la santé publique qui finit par pâtir de cette tension. Les médecins généralistes se retrouvent seuls face à des cas complexes, sans possibilité de recours rapide à un dermatologue. Certains patients, découragés, abandonnent le parcours de soins. Ce renoncement invisible alimente un désert médical qui ne dit pas son nom, avec des symptômes parfois graves laissés sans prise en charge.

Jeune femme patient dans la salle d

Obtenir un rendez-vous : conseils et alternatives face à la saturation

La demande ne faiblit pas, mais il existe des moyens d’optimiser ses chances de voir un spécialiste, même dans un contexte de saturation. Les délais sont longs sur les plateformes en ligne comme Doctolib, mais des solutions complémentaires peuvent accélérer l’accès aux soins.

Votre médecin généraliste reste le premier interlocuteur à solliciter. Il peut évaluer la gravité de la situation, orienter vers un dermatologue en cas d’urgence avérée, et activer des dispositifs comme la télé-expertise. Ce système permet au généraliste de transmettre photos et dossier au spécialiste, qui donne ensuite un avis ou propose une conduite à tenir. La Sécurité sociale encourage ce dispositif, qui fait gagner un temps précieux aux patients.

Pour certains besoins précis, renouvellement d’ordonnances, suivi d’acné, question sur un traitement déjà en cours, la consultation en ligne offre une alternative intéressante. Attention cependant : si une lésion suspecte apparaît, un examen direct en cabinet reste indispensable pour écarter un risque de cancer.

Le bouche-à-oreille garde toute sa valeur. Parfois, une recommandation venue d’un médecin, d’un pharmacien ou d’un infirmier ouvre la porte d’un cabinet qui accepte de nouveaux patients. Il ne faut pas hésiter à consulter l’annuaire en ligne ou les plateformes de santé pour localiser les spécialistes en activité dans votre département.

Pensez aussi à vérifier les modalités de remboursement et la prise en charge par votre mutuelle, qui peuvent varier selon le mode de consultation et le secteur du praticien. Un point à ne pas négliger pour éviter les mauvaises surprises financières.

À force d’attendre, la santé de la peau s’invite dans les débats de société. Combien de diagnostics manqués, de traitements repoussés ou de patients découragés faudra-t-il encore pour que l’accès aux dermatologues ne soit plus un privilège, mais un droit réel pour tous ?

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