Certains croyants affirment leur foi en Dieu tout en refusant d’adhérer à la figure de Jésus. Cette posture échappe aux classifications religieuses habituelles et suscite des débats sémantiques jusque dans les milieux académiques. Les termes pour désigner ces croyances divergentes manquent d’unanimité et varient selon les contextes culturels ou historiques.
Les frontières entre croyance en une divinité, distance vis-à-vis du dogme chrétien et rapport à la révélation restent souvent indécises. Ce brouillard nourrit les échanges autour de l’agnosticisme, de l’athéisme et de toutes les zones grises entre certitude et doute.
Entre croyance en Dieu et foi en Jésus : quelles nuances de vocabulaire ?
Impossible de réduire la mosaïque des croyances religieuses à une seule logique : il existe de nombreux cas de croyance en Dieu dissociée de toute référence à Jésus. Ce choix, loin d’être marginal, traverse plusieurs traditions spirituelles et philosophiques. On parle alors volontiers de théisme pour désigner ceux qui reconnaissent l’existence d’une divinité sans pour autant s’inscrire dans une révélation particulière. À côté, le terme « déiste » décrit ceux qui admettent un Dieu créateur, tout en se tenant à l’écart des dogmes, des rituels ou d’une pratique de culte organisée.
Dans l’époque contemporaine, ces distinctions linguistiques permettent de mieux cerner la réalité des « croyants en Dieu mais pas en Jésus ». Le lexique évolue selon les environnements culturels. Un croyant peut se reconnaître dans l’existence de Dieu sans jamais accorder d’autorité à Jésus ou aux textes chrétiens. D’autres encore tiennent à construire une croyance religieuse personnelle, affranchie de toute institution, voire de toute appartenance officielle.
Voici les principaux termes utilisés pour qualifier ces positionnements :
- Déisme : Adhésion à un Dieu créateur, sans attachement à une révélation ou à un cadre religieux précis.
- Théisme : Reconnaissance d’une ou plusieurs divinités, souvent indépendamment du christianisme.
- Monothéisme non chrétien : Appartenance à des religions telles que le judaïsme ou l’islam, qui ne font pas de Jésus une figure divine.
La croyance en l’existence de Dieu s’exprime donc bien au-delà du christianisme. Les spécialistes en sciences humaines insistent sur la difficulté du vocabulaire religieux à rendre justice à la complexité de ces parcours. Entre certitude, questionnement et quête de sens, le langage peine parfois à saisir toute la richesse des convictions personnelles.
L’agnosticisme, une position singulière face à la question de Dieu
L’agnosticisme occupe une place à part, quelque part entre foi et refus d’y croire. Né sous la plume de Thomas Henry Huxley en 1869, le terme décrit une démarche où l’on refuse autant l’affirmation que la négation. L’agnostique s’en tient à l’idée que l’existence ou l’absence d’une divinité ne peut être tranchée avec certitude. Pour lui, les preuves de l’existence de Dieu, avancées par les religions, laissent un goût d’inachevé : rien qui ne permette d’être pleinement convaincu.
Bertrand Russell, dans ses œuvres majeures, sépare clairement la croyance sans preuve de la véritable suspension du jugement. L’agnosticisme n’est ni une foi atténuée, ni une version camouflée de l’athéisme. Il s’agit d’un choix intellectuel qui privilégie la rigueur et la modestie face à l’inconnu. Huxley, dans ses « Collected Essays », défend que la connaissance de Dieu échappe encore à notre compréhension rationnelle.
On distingue plusieurs manières de vivre l’agnosticisme :
- L’agnosticisme pratique : certains choisissent de ne s’engager dans aucune religion, sans pour autant rejeter l’hypothèse d’une force supérieure.
- D’autres font de l’incertitude une boussole : ils revendiquent le droit de questionner sans jamais prétendre détenir toutes les réponses.
Les sciences humaines notent que cette posture attire autant qu’elle interroge. En choisissant de ne pas choisir, l’agnostique reste sur la crête, à mi-chemin entre affirmation et remise en question, tout en poursuivant sa propre recherche de sens.
Agnostique ou athée : comment distinguer ces deux visions du monde ?
Opposer agnosticisme et athéisme n’est pas qu’une question de vocabulaire : il s’agit de deux manières de se situer face à l’existence de Dieu. Depuis des décennies, les sciences humaines s’efforcent de clarifier ce partage. L’athée considère que toute idée de Dieu relève de la fiction ; il affirme l’inexistence de Dieu et s’en tient à une vision du monde sans transcendance. L’agnostique, pour sa part, adopte le doute méthodique : il constate que la question de l’existence de Dieu reste sans réponse définitive.
Dans la tradition occidentale, héritée de Thomas d’Aquin et des débats médiévaux, deux approches majeures coexistent :
- Athéisme : conviction de l’absence de toute divinité, refus de toute croyance ou pratique religieuse.
- Agnosticisme : constat de l’impossibilité de trancher, reconnaissance des limites de la connaissance humaine à propos de l’existence ou l’inexistence de Dieu.
Cette distinction a des conséquences concrètes. Elle influence le rapport à la religion, à la spiritualité, à la façon de chercher du sens dans la vie. L’athée avance avec la certitude qu’aucune entité supérieure n’existe. L’agnostique, lui, garde une distance prudente vis-à-vis des certitudes, restant ouvert à la complexité de l’expérience humaine. Les discussions actuelles sur la place de la croyance dans la société montrent à quel point ces deux regards continuent d’alimenter la réflexion collective.
Réfléchir à sa propre posture : pourquoi ces distinctions importent-elles vraiment ?
Dans la société actuelle, la croyance ou son absence influence profondément la vie privée et collective. Lorsque quelqu’un se définit croyant en dieu tout en se tenant à distance de Jésus, agnostique, athée ou encore comme adepte d’une pratique religieuse sans étiquette, cela façonne sa vision du monde, son rapport à la morale, à la justice ou à la liberté. Des capitales comme Paris, Rome ou New York rassemblent ces profils multiples, parfois en tension, parfois en échange.
La distinction entre une croyance en un Dieu universel et la foi en Jésus comme messie n’est jamais neutre. Pour certains, elle conditionne l’accès à une communauté religieuse, à des rites ou à une morale partagée. D’autres préfèrent une démarche spirituelle autonome, sans passer par un cadre dogmatique. Les étiquettes « déiste », « théiste », « croyant non chrétien » ou « spirituel mais non religieux » reflètent ce foisonnement d’identités.
En France, laboratoire de la laïcité, on observe l’émergence de profils atypiques : des personnes convaincues de l’existence d’un dieu ou d’un principe supérieur, mais en marge des grandes religions organisées. Ce phénomène, bien étudié par les sociologues, invite à repenser l’éducation au pluralisme, le débat public et la manière dont chacun s’interroge sur sa propre posture. Le choix des mots n’est jamais neutre. Il éclaire, parfois même oriente, la façon de situer sa quête de sens et sa réflexion sur l’existence.
Les mots, ici, dessinent des frontières mouvantes. À chacun de trouver la sienne, ou peut-être d’en inventer une nouvelle, là où la certitude laisse place à l’exploration.


